L'époque Génoise et la guerre d'indépendance Corse



L'époque Génoise

Dès 1133, le pape Innocent II cède à la pression ligure et partage les six évêchés en deux groupes égaux. Ajaccio, Aleria et Sagone sont administrés par Pise, Accia, Mariana et Nebbio par Gênes. La rivalité entre Génois et Pisans est ainsi introduite sur le sol corse. Elle contamine la population et divise l’île en deux parties : l’En-deça des monts, pro-génois et l’Au-delà des monts, hostile à la Sérénissime République de Gênes.

Cette rivalité réduit l’efficacité de la résistance corse et permet à Gênes de dominer l’île de 1284 à 1729. Cependant, les Corses sont exclus de la haute administration, et les inégalités ainsi que l’économie défaillante, donneront lieu à des insurrections. Sampiero Corso (1498-1567) est un personnage qui a marqué l’histoire corse de l’époque. Après avoir fait ses armes au service de Jean de Médicis en Toscane, il rejoint François Ier en 1536 avec le grade de colonel. Il livre une guerre à Gênes pour libérer la Corse de l’oppression. Ne pouvant le briser ou l’arrêter, les Génois le font assassiner en 1567.


La guerre d'indépendance

La féodalité atteint ses limites. Les taxes étouffent les Corses, les grandes familles insulaires ne sont pas consultées, les tensions augmentent et la révolte s’impose. Le désordre s’installe. La première insurrection contre le pouvoir génois est celle du Boziu en 1729, suivie de celle du Rustinu en 1735, puis de celle d’Orezza en 1743. Elles donnent naissance à une première génération d’insurgés parmi lesquels Luigi Giafferi et Ghjacintu Paoli qui connaîtront l’exil. Théodore de Neuhoff, baron westphalien, devient un éphémère roi de Corse, la France intervient en médiateur…

C’est dans ce contexte de confusion qu’en 1755, Pasquale Paoli, fils de Ghjacintu Paoli, répond à l’appel de son frère et des notables corses pour conduire l’île vers l’indépendance. La même année, il est proclamé général en chef de la nation corse. Il fait adopter une constitution imprégnée de l’Esprit des Lumières et fait de la Corse la première région du monde à se doter d’un état démocratique moderne (avant la Guerre d’Indépendance américaine et la Révolution Française). À noter : la Corse fut le premier état à donner le droit de vote aux femmes !

En 1768, Gênes, pourtant dépossédée de sa souveraineté par les insurgés, cède la Corse à la France. Cette dernière part en campagne pour conquérir « son bien ». Deux grandes batailles opposeront les troupes françaises aux troupes insulaires. Celle de Borgo en 1768 donne la victoire aux Corses, mais celle de Ponte Novu en 1769 voit l’armée de Paoli écrasée et signe la fin de l’indépendance de la Corse. Paoli s’exile à Londres. Les changements politiques qu’impose la Révolution française lui permettront un retour en 1790. Mais soucieux de préserver la Corse des excès de la « Terreur », il s’éloigne du pouvoir et est accusé de trahison. En 1793, la France demande son arrestation. Il fait alors appel à la flotte anglaise, ce qui oblige les Français à quitter l’île. En 1794, un éphémère royaume Anglo-Corse – dans lequel la Corse reste un royaume indépendant uni à l’Angleterre – est instauré. L’instabilité pousse Paoli à quitter la Corse pour l’Angleterre où il mourra en 1807, tandis que le jeune général Bonaparte se rallie à la France et contribue à chasser les Anglais de l’île. L’année 1796 marque la fin de l’occupation anglaise.


Le passage à la modernité

Au xixe siècle, la Corse se repeuple, tente de moderniser son agriculture et de développer son industrie, mais les crises économiques liées aux maladies des troupeaux ou de la vigne… ainsi que les effets de la loi de 1818 qui taxait les produits exportés de Corse et détaxait les produits importés du continent, freinent considérablement son envol. Elle bénéficiera cependant de la bienveillance de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie qui soutiendront l’ouverture de nouvelles routes et surtout la construction du chemin de fer.

La guerre de 1914-1918 et ses plus de onze mille morts Corses, donnera un coup de grâce aux tentatives de développement insulaire. L’exil vers le continent et les colonies apparaîtra alors comme une solution de survie et de promotion sociale. Les corses participeront au rayonnement de la France mais au prix d’une chute très importante de la population de l’île. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la résistance s’installe dans l’île ; le 9 septembre 1943, la Corse sera le premier département libéré.


De 1945 à nos jours

Après une décennie sans grand relief, les années 60 sont riches d’évènements qui vont façonner l’île d’aujourd’hui. Un programme d’action régionale, à but économique et agricole est lancé ; le tourisme commence à se développer réellement. Après la guerre d’Algérie, de nombreux « pieds-noirs » s’installent en Corse, en particulier sur la Côte Orientale et commencent à développer une culture intensive. Mais la décision de l’État d’octroyer à certains rapatriés des terres et des aides qui sont refusées aux agriculteurs insulaires provoquent un malaise grandissant.

Par ailleurs, les grandes spéculations foncières menées par les banques ou les multinationales sont mal vécues par la population, d’autant que ces changements ne profitent pas aux Corses qui continuent de s’expatrier. Dans les années 70, les protestations se multiplient contre les risques de bétonnisation du littoral et les atteintes à l’environnement (rejet des déchets toxiques de la compagnie italienne Montedison, projet d’enfouir en mer des fûts radioactifs …). Tous ces évènements provoquent l’émergence de mouvements, d’abord régionalistes ou autonomistes comme l’ARC, fondée par les frères Simeoni. Les événements d’Aléria, en 1975, ouvrent une période de violences ; certains militants se radicalisent dans des options nationalistes et créent des mouvements clandestins comme le FLNC.

En réponse à ces tensions, l’État prend progressivement en compte les spécificités insulaires, donnant à la Corse les moyens de rouvrir son université à Corté et lui octroyant en 1982 un statut particulier. En 1991, celui-ci évolue et la Corse devient « Collectivité Territoriale » aux pouvoirs plus étendus que les autres régions.